Deux ans après l'arrêt Dobbs : la lutte pour les droits reproductifs se poursuit

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Il y a deux ans, l'arrêt Dobbs rendu par la Cour suprême a annulé l'arrêt Roe v. Wade, mettant fin à près de cinq décennies de protection fédérale du droit à l'avortement. Ce revirement a bouleversé les droits en matière de santé reproductive aux États-Unis, avec des conséquences dangereuses tant pour les professionnels de santé que pour les patientes.  

La décision Dobbs a eu un effet boule de neige. Depuis ce jugement, 21 États ont adopté des interdictions totales de l'avortement ou des restrictions sévères. En avril 2023, 14 % de la population américaine vivait à plus de 320 km de la clinique d'avortement la plus proche. En 2023, plus de 171 000 femmes ont dû se rendre dans un autre État pour recevoir les soins dont elles avaient besoin, et au moins 70 femmes ont failli mourir en raison d'un retard ou d'un refus de soins. Malheureusement, certaines femmes en sont décédées. 

Les professionnels de santé quittent les États dotés de lois restrictives en matière d'avortement, ce qui accentue la pression sur des systèmes de santé déjà mis à rude épreuve. Les étudiants en médecine et les internes évitent de plus en plus les programmes de formation en médecine dans les États où l'avortement est interdit, préférant se former dans des États où ils peuvent bénéficier d'une formation complète. Dans les États restrictifs, ceux qui suivent une formation médicale risquent de ne pas recevoir un enseignement suffisant dans des domaines essentiels de la santé reproductive, ce qui laisse les médecins mal préparés à faire face aux complications. 

Les médecins et les infirmières choisissent d’exercer leur profession dans des États où ils n’ont pas à mettre en balance les risques liés à la prestation de soins vitaux et la menace de poursuites pénales. Cet été, la Cour suprême se prononcera sur le maintien de la loi sur les soins médicaux d’urgence et l’accouchement (EMTALA), déterminant ainsi si des médecins peuvent être emprisonnés pour avoir dispensé des soins médicaux d’urgence, lorsque ces soins impliquent un avortement, dans les États dotés de lois restrictives. La pénurie inévitable de médecins dans les États restrictifs se traduit par des délais d'attente plus longs, moins de rendez-vous et des établissements surchargés. Les patientes sont également confrontées à des retards et à des refus purs et simples de soins lorsqu'elles sont confrontées à des urgences liées à la grossesse qui mettent leur vie en danger, mais qui sont pourtant traitables, ce qui entraîne des conséquences catastrophiques pour elles et leurs familles.  

Les communautés marginalisées, notamment celles qui ont toujours manqué de ressources, les personnes de couleur et celles vivant en milieu rural, sont touchées de manière disproportionnée par ces tendances dangereuses. Ces communautés sont souvent confrontées à de plus grandes inégalités en matière de santé, ont un accès plus limité aux ressources de santé et se heurtent à davantage d'obstacles lorsqu'il s'agit de se rendre dans un autre État pour se faire soigner. La situation actuelle aggrave ces inégalités, ce qui se traduit par une détérioration des résultats de santé et une augmentation des taux de mortalité au fil du temps. 

Le 13 juin, la Cour suprême a décidé de maintenir l’accès à la mifépristone, un médicament essentiel pour les soins liés à l’avortement et aux fausses couches, en laissant inchangée la réglementation fédérale. Il s’agit d’une victoire importante pour les droits reproductifs, mais notre combat est loin d’être terminé. Aujourd'hui, nous attendons une décision de la Cour suprême concernant la « Defense of Life Act » de l'Idaho, qui exempterait les hôpitaux de l'obligation de fournir des soins d'urgence aux femmes enceintes dont la grossesse met leur vie en danger. En outre, certains États s'attaquent à la fécondation in vitro (FIV) et à l'accès à la contraception. 

Pour aller de l'avant, une action collective s'impose. Il est impératif que nous restions informés, que nous engagions le dialogue avec les autres sur ces questions cruciales et, surtout, que nous votions. L'avenir des droits reproductifs en dépend.

Sources :

https://www.npr.org/sections/health-shots/2024/05/09/1250057657/medical-residents-starting-avoid-states-abortion-bans

https://www.npr.org/sections/health-shots/2023/06/21/1183248911/abortion-access-distance-to-care-travel-miles

https://www.hrw.org/news/2023/04/18/human-rights-crisis-abortion-united-states-after-dobbs#_Toc132207240

https://www.nytimes.com/2024/06/24/us/politics/abortion-roe-wade-pregnancy.html?smid=nytcore-ios-share

https://www.nytimes.com/interactive/2024/us/abortion-laws-roe-v-wade.html?pgtype=Article&action=click&module=RelatedLinks

https://www.cnn.com/2024/06/19/health/abortion-clinics-in-banned-states-pivot/index.html

https://abcnews.go.com/US/doctors-face-tough-decision-leave-states-abortion-bans/story?id=100167986